La rue est à nous !
Cycle de marches exploratoires

“La rue est le cordon ombilical qui relie l’individu à la société” (Victor Hugo)

Les marches exploratoires sont des marches réservées aux femmes habitantes d’un même quartier pour qu’elles observent en petits groupes et analysent les atouts et les faiblesses d’un territoire quotidien.

Pour voir les questions les plus fréquentes au sujet de ce dispositif, n’hésitez pas à consulter notre F.A.Q en bas de page

Des marches exploratoires, pour quoi faire ?

Le droit à la tranquillité et le droit à la sûreté sont des droits élémentaires établis par le Contrat de Ville. Pour lutter contre le sentiment d’insécurité traversé par les femmes dans leurs quartiers, nous le disséquons avec elles et tâchons d’en analyser en profondeur les raisons, qu’elles soient héritées (par l’éducation, le récit d’histoires passées, le traumatisme d’un évènement survenu) ou fondées sur des éléments objectifs. 

Les marches exploratoires ont ainsi deux objectifs majeurs :

  1. Faire de l’espace public un espace plus sûr, particulièrement pour les femmes et tout faire pour qu’elles se l’approprient
  2. Encourager l’engagement citoyen par la proposition d’aménagements urbains aux élu.e.s, et emmener les femmes à exercer leur esprit critique 
  3. Favoriser, à travers la présentation de nos actions et l’encadrement des groupes de marcheuses, la libération de la parole autour des violences faites aux femmes

Calendrier 2021-2022

30 Novembre 

Marche exploratoire d’Encagnane (Aix-en-Provence) pour les habitantes, avec le soutien du Centre Social La Provence

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23 Février 

Marche exploratoire d’Aix-Nord-Beisson pour les habitantes (avec le soutien du Centre Socioculturel Aix Nord)

RDV  le 23/02 à 17h45 Centre Socioculturel Aix Nord, 20 rue Albert Brun 13 090 Aix

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8 Mars

A l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes

Marche exploratoire étudiante dans le centre-ville de Marseille, avec le soutien d’Aix Marseille Université et du CROUS Aix-Marseille Provence
RDV à 17h15 – Campus Saint-Charles, 3 place Victor Hugo 13003 Marseille

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+ Marche exploratoire étudiante dans le centre-ville d’Aix-en-Provence, avec le soutien d’Aix-Marseille Université et du CROUS Aix-Marseille Avignon
RDV 18h – Fac d’Economie et Gestion, 14 avenue Jules Ferry

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17 Mars

Marche exploratoire pour les habitantes du Jas de Bouffan à Aix-en-Provence.
RDV 18h – Centre social et culturel ADIS Les Amandiers, 8 All. des Amandiers


Déroulé type

Temps d'échange avec les élu.e.s, Aix-en-Provence, décembre 2021
Des temps conviviaux (musique, repas partagé) sont organisés en lien avec les habitantes

Un point de rendez-vous est donné au groupe de femmes (environ une vingtaine). Si possible, nous cherchons à effectuer la marche “entre chien et loup”, c’est-à-dire juste avant le coucher du soleil, pour pouvoir évaluer les changements d’environnement entre le jour et la nuit.

L’itinéraire a été co-construit en amont avec les habitantes, lors de réunion préparatoire où nous cartographions les endroits les plus fréquemment traversés par les femmes dans leurs trajets quotidiens et les points de tension.

La marche dure environ une heure (> 3 kilomètres). Tout le long du parcours, les femmes prennent des notes sur ce qu’elles observent via le carnet d’enquête que nous leur distribuons.

La marche est immédiatement suivie d’un temps d’échange avec les pouvoirs publics pour pouvoir faire une restitution en direct des observations. Peuvent être présent.e.s : maire de quartier, conseillers municipaux, délégué.e.s du préfet, service d’urbanisme directeur de l’éclairage public, gendarmerie nationale, CLSPD (Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance), Service Renouvellement urbain Gestion Urbaine et Sociale de Proximité, etc. 

Contexte

Construction de la ville

A la fin du 18ème siècle, la notion de ville se transforme et s’oriente vers le bien être, l’hygiène et la sécurité. De nombreux aménagements urbains (éclairage, voirie) ont contribué à lutter contre le brigandage. Au milieu du 19e siècle, des grands travaux sont réalisés à Paris par le baron Haussmann et s’inscrivent dans cette démarche d’amélioration du confort.

A travers le dispositif des marches exploratoires sont reprises différentes théories, notamment celle du « Defensible Space » (espace défendable, 1972 Oscar Newman), qui entend prévenir le crime par l’aménagement du milieu (on parle de prévention situationnelle). Il part du postulat qu’avant son passage à l’acte, l’individu va examiner les alentours et noter mentalement toutes les failles dans lesquelles il pourrait s’engouffrer. 

Il y a donc une véritable nécessité d’anticiper les risques par la présence des services de l’Etat et des collectivités territoriales, mais également par une action sur l’environnement quotidien pensée par et pour les habitant.e.s.

Place des femmes dans la ville

Les marches exploratoires sont nées au Canada au début des années 90. Les premières ont eu lieu en France une dizaine d’années après, au début du XXIème siècle. 

A leur origine, deux constats : 
– Si les violences en privé sont les plus fréquentes et les plus graves, le sentiment d’insécurité est particulièrement présent pour les femmes dans l’espace public et les transports en commun (peur de l’agression et des incivilités). En 2018, 26% des habitantes des QPV ont déclaré se sentir souvent ou de temps en temps en insécurité dans leur quartier (1). C’est deux fois plus que les personnes résidant hors QPV.
– L’occupation genrée de l’espace : les hommes l’occupent, les femmes le traversent. Les femmes sont deux fois plus présentes dans les transports en commun mais sont aussi deux fois plus nombreuses à craindre une agression. 81% des femmes en France ont déjà été victimes d’harcèlement sexuel dans les lieux publics (2) 

En conséquence, beaucoup de femmes désertent, évitent ou contournent certains espaces publics. 

(1) Observatoire National de la Politique de la Ville, 2018
(2) Femmes et espaces publics, Centre Hubertine Auclert, 2018

Contacts, inscription & communication

Mathilde Rémignon, cheffe de projet

m.remignon@solidaritefemmes13.org 

06 44 85 36 37

Margaux Barou, chargée de projet

m.barou@solidaritefemmes13.org

06 78 90 68 77

Pour toute demande de devis, questions ou supports de communication, n’hésitez pas à faire appel à nous !

 

 

F.A.Q

La non mixité n’est pas un parti pris de notre association, mais elle constitue l’essence même des marches exploratoires. Le guide méthodologique des marches exploratoires, publié par le Comité interministériel des Villes (CIV) explique que «les femmes sont les mieux placées pour identifier les événements de l’environnement urbain susceptibles d’occasionner des risques d’agression et d’affecter le sentiment d’insécurité ». Mais pourquoi ?

Parce que la non mixité permet de libérer la parole sans peur d’être jugée, dans un cadre bienveillant et sécurisant. Parce qu’elle rend possible la dénonciation de violences sexistes (harcèlement de rue, agressions sexuelles) sans que les femmes aient à craindre les réactions ou le malaise des hommes. Parce que les expériences liées à l’intime, aux violences, notamment sexuelles, sont plus faciles à partager entre femmes.

En mixité, de nombreux mécanismes compliquent ces discours. En raison de leur socialisation, les femmes ont plus de mal à se sentir légitimes, à intervenir en réunion. Au contraire, les hommes sont plus facilement éduqués à prendre la parole en public. En réunion, les hommes captent 75% du temps de parole et un homme interrompt 23% de fois plus une femme qu’un homme.

Cela ne veut pas dire que les hommes ne peuvent pas prendre part au projet, bien au contraire. S’ils le désirent, ils peuvent participer à l’organisation (communication, recherche de participantes) et bien entendu participer au temps de médiation avec les élu.e.s, qui se fait en mixité. Nous sommes conscientes de l’importance de discuter ensemble des moyens et outils pour sortir des problématiques rencontrées, mais nous pensons que cette discussion ne peut se faire qu’après un temps entre femmes.

Toute les femmes sont les bienvenues pour participer à nos marches exploratoires, peu importe le rapport qu’elles ont à leur “sécurité”. Il faut cependant bien comprendre que les marches exploratoires cherchent à décortiquer la raison d’un sentiment d’insécurité, qui peut être éloigné d’une insécurité réelle.

Pour les femmes qui se sentent en insécurité, les marches sont l’occasion de pouvoir en parler, de mesurer ce sentiment et de l’exprimer auprès des élu.e.s.

Pour celles qui ne ressentent pas d’insécurité, ces marches sont aussi l’occasion de réfléchir ensemble à la place des femmes dans l’espace public et à son aménagement, de voir comment notre socialisation, nos expériences passées ou nos traumatismes imprègnent notre façon d’être. Il s’agit de toutes les façons d’une expérience collective de la sororité partant de ressentis individuels et donc non généralisables (nous ne disons pas que toute les femmes connaissent le même sentiment d’insécurité).

Et puis, si les zones traversées ne génèrent aucun sentiment d’insécurité, c’est aussi l’occasion d’observer les bonnes pratiques d’aménagement ou d’occupation qui favorisent cette impression de confort, et de s’en inspirer pour d’autres territoires ?

Les marches exploratoires ne sont en aucun cas réservées à des “quartiers” ou des ZUP, nous les conduisons aussi dans les centres-villes. Il ne s’agit pas de stigmatiser une zone plutôt qu’une autre mais bien de proposer un temps de rencontre et d’échange entre habitantes et voisines. De plus, nous parlons bien de sentiment d’insécurité (de l’ordre du ressenti, de l’intime) et non pas forcément d’insécurité réelle : il peut y avoir une grande différence entre l’insécurité que je ressens et l’insécurité réelle (voir à ce sujet la réponse à la question 2).

C’est aussi un moyen pour les habitantes de nous présenter leur quartier et de voir comment elles y vivent. Savez-vous que les femmes représentent plus de 57% des personnes se déplaçant à pied dans les villes ? Qu’elles accompagnent majoritairement les enfants et les personnes âgées dépendantes ? Mais pourtant, savez-vous que 26% des femmes ont déjà renoncé à sortir de chez elles le soir pour des raisons de sécurité, contre 6% des hommes  ? Doit-on rappeler que 90% des femmes ont été harcelées dans la rue ou les transports en commun ? 

Avec les marches exploratoires, nous donnons aussi l’occasion à ces femmes-expertes de leur territoire d’exprimer leur avis et d’échanger avec les pouvoirs publics, et nous mettons en exergue le fait que hommes et femmes aujourd’hui n’ont pas la même expérience de l’espace public.

 

Il n’y a que deux conditions : être une femme et avoir une expérience quotidienne du quartier (parce qu’elle y vit, y travaille…). Pour s’inscrire, vous pouvez contacter Margaux Barou (m.barou@solidaritefemmes13.org) ou Mathilde Rémignon (m.remignon@solidaritefemmes13.org) par mail avec vos coordonnées et la marche que vous avez choisie (en fonction de votre lieu de vie).

L’itinéraire est co-construit lors d’une réunion préparatoire en amont avec les habitantes intéressées. En fonction des retours, nous proposons une cartographie de trajet.

Toutes les marches ont une longueur comprise entre 2,5 et 3 kilomètres. Le niveau est facile. Le temps de parcours est toujours estimé à une heure environ, en comptant de nombreuses pauses pour observer et compléter le carnet d’enquête.

Vous avez des difficultés à vous déplacer mais vous souhaitez quand même participer ? Contactez-nous sans plus attendre !

Tous les éléments à observer sont mentionnés dans le carnet d’enquête qui est distribué le jour J aux participantes, juste avant le départ de la marche. Pour concevoir le document, nous nous sommes inspirées des travaux menés par le Centre Hubertine Auclert au sujet de la place des femmes dans l’espace public mais aussi d’une étude réalisée à Montréal où il est noté que pour se sentir en sécurité, une femme a besoin de quatre éléments majeurs : Savoir où elle se trouve et ne pas avoir le sentiment d’être perdue / Pouvoir voir et être vue / Pouvoir entendre et être entendue / Se sentir à l’aise dans un environnement qui a été aménagé en la prenant en compte .

C’est sur cette base là que nous avons créé notre protocole d’observation. Envie d’en savoir + ? Rejoignez-nous !